
S’exprimant pour la première fois depuis le 2 décembre 2010, date à laquelle il a annoncé ‘‘des résultats provisoires’’ du second tour de la présidentielle en Côte d'Ivoire, le président de la Commission électorale indépendante (CEI) a accordé une interview sur RFI. Youssouf Bakayoko revient notamment sur les circonstances et le choix controversé du lieu de l'annonce de ces fameux résultats. Extrait choisi de l’interview réalisée par le journaliste Ghislaine Dupont.
RFI : Qu’est-ce qui s’est passé justement au niveau des représentants du président sortant Laurent Gbagbo ? Est-ce qu’il y a eu de l’obstruction pendant ces deux journées-là ?
Y. B. : Il se trouve que pour certaines régions, notamment les régions dont l’invalidation a été demandée par le candidat Gbagbo Laurent, certains membres de la Commission ont demandé qu’il y ait un débat sur cette question. A ce moment-là, la Commission a décidé que cela ne relevait pas de sa compétence.
Remarque 1: A cette réponse, la question suivante aurait dû être posée: « L’invalidation de tout le scrutin en France relevait-elle de la compétence de la Commission Centrale ? Puisque de façon souveraine, la CEI ou Bamba Yacouba aurait prononcé l’invalidation.
RFI : Et est-ce que, à ce moment là, il y a eu des menaces de la part de ceux qui représentaient le candidat Gbagbo ?
Y. B. : Oui, certains ont exprimé le souhait que cette question soit examinée. Les membres de
la Commission ont dit que nous pouvons prendre note de cette demande, mais que nous devons la transmettre à l’autorité qui a mandat pour l’examiner. Bien entendu, ceux qui ont demandé ont continué de demander.
Remarque 2: A cette réponse, deux questions s’imposent : 1- Puisque le traitement de cette question ne relève pas de la compétence de la CEI, quelle attitude avez-vous adopté en attendant la transmission de cette demande au CC? Les PV litigieux ont-ils été pris en compte dans les résultats que vous avez proclamés au Golf ? 2- De quelle autorité s’agit-il ? Bien sur, il s’agit du Conseil Constitutionnel dont la compétence en la matière est reconnue par tous, parce que juge du contentieux électoral.
RFI : Alors vous êtes mis sous pression. Comment vous gérez les heures qui
viennent après le fait que le porte-parole soit effectivement empêché de donner les résultats ?
Y. B. : Nous revenons dans la salle. Nous demandons aux uns et aux autres de savoir garder raison et nous poursuivons l’examen de différents résultats. Tout le monde a siégé jusqu’à la fin.
Remarque 3: Avec quels résultats obtenus ? Le consensus, le mode opératoire de la Commission Centrale avait-il été finalement obtenu pour la validation des PV litigieux et la consolidation des résultats ?
RFI : Donc, ça c’est le mercredi soir ?
Y. B. : Ça c’est le mercredi soir.
Remarque 4: Mais M. Y B, vous avez déclaré, ce mercredi soir, à 23
heures 45, à quelques minuites de la forclusion de la CEI, qu’il n’était pas encore minuit’’, et que la CEI était au travail. Soutenez-vous qu’en quinze minuites, tous les résultats avaient été consolidés et qu’il ne vous restait plus que leur proclamation? Si oui ! Alors pourquoi ne l’avoir pas fait immédiatement après la Conférence de presse ? Vous étiez dans les locaux de la CEI, devant la Presse nationale et internationale.
RFI : Et donc vous vous apprêtez à proclamer les résultats. Est-ce que vous avez des menaces pour ne pas proclamer ces résultats ?
Y. B. : Je savais que j’allais proclamer les résultats le lendemain. Bien entendu, je voulais bien venir à la CEI pour procéder à cette proclamation. Quand j’ai vu qu’autour de la CEI, il y avait encore ces gardes du corps habillés dont je viens de parler, je me suis dit que la sécurité n’était pas encore tout à fait au point et qu’il ne fallait pas prendre le risque de venir là. Donc qu’est-ce que j’ai fait, j’ai demandé quel est l’endroit le plus sécurisé ? On m’a dit au Golf, il y a les forces impartiales.
Remarque 5: deux observations : 1- venir ‘‘proclamer les résultats le lendemain’’ (jeudi) ? Ne saviez-vous pas que le lendemain (mercredi à minuit) la CEI tombait sur le coup d’une forclusion ? 2- a qui avez-vous demandé l’endroit le plus sécurisé ? On vous a dit au Golf, ’’ ON’’ c’est qui ?
RFI : Mais pourquoi pas l’Onuci (l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire) ?
Y. B. : Non,
parce que l’Onuci n’est pas un territoire ivoirien. L’Onuci est presque un lieu qu’on peut considérer comme extra territorial.
RFI : Mais pourquoi choisir l’endroit où se trouve le quartier général d’un des candidats Alassane Ouattara ?
Y. B. : Ecoutez, moi je l’ai su par la suite, je ne savais pas qu’il habitait là.
Remarque 6: Extraordinaire YB. Et pourtant tout Abidjan sait que l’hôtel du Golf est le QG de Ouattara. No comment !!!!
RFI : Mais tout le monde le savait. Pourquoi vous, vous ne le saviez pas ?
YB est le seul électeur ivoirien qui ne sait pas l’Hôtel du Golf est le QG de Ouattara. Qui dit mieux ?
Y. B. : Je n’ai pas à savoir ce que tout le monde sait parfois.
Remarque 7: justement, YB n’a pas à savoir ce que tous les ivoiriens savent, qu’il y a eu fraudes massives et irrégularités dans les zones CNO lors du scrutin du 28 novembre 2010.
RFI : Mais est-ce que ce n’est pas une erreur d’aller proclamer les résultats dans cet endroit justement. Qui vous l’a demandé ? Est-ce que Guillaume Soro qui vous a demandé d’aller les proclamer à l’Hôtel du Golf ?
Y. B. : Non, Guillaume Soro n’a pas à me demander. Nous sommes une Commission électorale indépendante. Ce n’est pas du tout une erreur…
RFI : Et vous êtes critiqué pour ça aujourd’hui ?
Y. B. : Je suis critiqué ? Je ne suis pas allé parler sous l’emprise de monsieur Ouattara. Guillaume Soro ne m’a pas demandé de venir. D’abord, nous sommes comme
je l’ai dit une Commission électorale indépendante, donc j’ai à proclamer les résultats. Personne ne me dit vous n’avez pas le droit de proclamer les résultats à tel ou tel autre endroit. C’est par commodité, parce que les conditions de sécurité étaient tout à fait réunies. Ça me paraît mieux d’aller là où je suis allé.
Remarque 8: Ni Soro Guillaume, ni Alassane Ouattara ne lui ont demandé d’aller proclamer des résultats au golf. Or plus haut, YB a dit ceci : « j’ai demandé quel est l’endroit le plus sécurisé ? On m’a dit au Golf,…. » Qui donc a dû exercer pression sur YB. SEM. Philip Carter III, ambassadeur des USA ? Ou l`ambassadeur français à Abidjan Jean-Marc Simon ? No response !
Silence ! Dieu est aux commandes. D’interview en interview, les contradictions dans les déclarations vont mettre à nue, la vérité qu’on veut occulter. Affaire à suivre…
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