Les conditions préalables de l’un, sont inacceptables pour l’autre. Personne ne veut rien savoir. Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ne lâchent rien. Les menaces et les trafics d’influence sont monnaies courantes dans les deux camps, la situation perdure et reste toujours tendue. Question de fond : sur quoi comptent-ils pour être si intransigeants, si radicaux?. «Nous avons constaté que le pa ... Lisez la suite
Gbagbo-Ouattara, dernier round d’un combat explosif : qui pèse quoi?
Les conditions préalables de l’un, sont inacceptables pour l’autre. Personne ne veut rien savoir. Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ne lâchent rien. Les menaces et les trafics d’influence sont monnaies courantes dans les deux camps, la situation perdure et reste toujours tendue. Question de fond : sur quoi comptent-ils pour être si intransigeants, si radicaux?.

«Nous avons constaté que le panel de haut-niveau s’est contenté de reprendre ce que nous savons déjà. C’est une proposition inacceptable», a déclaré Pascal Affi N’guessan, émissaire de Laurent Gbagbo à Addis-Abeba. Apparemment, l’élection et le statut de Président de Laurent Gbagbo ne doit souffrir d’aucune forme de contestation ou de remise en cause possible. Son camp s’oppose donc aux décisions du panel.

En effet, cette intransigeance ne saurait être si affichée et si marquée, si dans les deux camps chacun n’était sûr de ses acquis et de ses appuis.

Fort de leurs «alliés», Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara se livrent «une guerre» farouche, tant sur le plan national qu’à l’international et dans tous les domaines.

Au plan international, le camp Gbagbo revendique hors du continent des soutiens comme la Chine, la Russie (deux puissances militaires, économiques, et diplomatiques), qui pèsent parfois en sa faveur voire obtiennent l’ajournement ou la révision de certaines résolutions du Conseil de Sécurité. Et en Afrique, «l’Angola, l’Afrique du Sud, la Guinée
Equatoriale, l’Ouganda, la République Démocratique du Congo (Rdc), la Gambie, la Guinée Equatoriae, le Ghana», comme l’a indiqué mercredi dernier son minsitre de affaire étrangères, Alcide Djédjé, constituent des soutiens.

L’Angola, l’un des plus gros producteurs de pétrole au monde et qui a fait face à plus de 30 de rébellion est un véritable appui militaire et financier pour Laurent Gbagbo dont les affinités avec Dos Santos, l’homme fort de Luanda sont avérées. L’Afrique du Sud, première puissance du continent, même si elle a ratifié la décision du panel, demeure sans doute son plus grand défenseur jusqu’à présent. Elle qui a contribué fortement à une révision de la position de la Communauté internationale, du moins en ce qui concerne sa démarche, qui avait toute de suite souhaité un départ illico presto de Laurent Gbagbo. Et pesé pour une rétrocession de cette «affaire» à l’Union africaine au détriment de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui en avait la charge. Teodoro Obiang N’Guema, Président de la Guinée Equatoriale, est l’actuel président en exercice de l’Ua, ce qui n’est pas rien dans la prise d’éventuelles autres décisions de l’Union, puis l’essor économique de son pays serait d’un apport et d’une assurance financière suffisante pour Laurent Gbagbo. Le Ghana, pays frontalier est d’un point de vue géostratégique assez important. Son refus de suivre la Cedeao dans une décision punitive contre Laurent Gbagbo, a handicapé
l’Institution régionale depuis le début de la crise. Quant à la Gambie, la République Démocratique du Congo (Rdc) et à l’Ouganda, c’est l’instinct, la fibre supra-nationaliste qui tissent forcément des liens, dans le combat contre «l’étranger».

Sur le territoire national, Laurent Gbagbo compte sur une bonne partie de la population avec en première ligne, les Jeunes Patriotes, sous la houlette de son ministre de la Jeunesse et de l’Emploi, Charles Blé Goudé, l’Armée (Fds) et sa Garde Républicaine notamment. Mais également des sociétés d’Etat entre autres, telles que la Société de transport abidjanais (Sotra), la Société nationale d’opérations pétrolière de Côte d’Ivoire (Petroci) et la Société ivoirienne de raffinage (Sir), qui devront alimenter l’économie de la résistance.

D’un autre Côté, avec un tout aussi grand soutien populaire au plan national, Alassane Ouattara reconnu Président élu par la Communauté internationale, jouit d’un soutien indéfectible de la France qui a su rallier à sa cause, plusieurs puissances, dont la première au monde, les Etats Unis d’Amérique. Qui a pesé de tout son poids dans les mesures de sanctions prises par l’Union Européenne (Ue), un autre allié, contre le camp Gbagbo, pour le contraindre à lâcher du leste, en donnant ainsi du poids aux décisions du camp Ouattara quant à l’effectivité de leur application. Ce sont entre autres, les sanctions personnelles et économiques, portant interdiction de visas vers l’Europe et
les Etats Unis, le gel des avoirs, d’interdiction des exportations de la première richesse du pays et première source de revenus de l’Etat, le cacao, et la fermeture des banques, qui a causé une paralysie et une forte perturbation du système financier dans le pays.

L’Organisation des nations unies (Onu) soutient Alassane Ouattara et avec sa mission en Côte d’Ivoire (Onuci), qui assure sa sécurité, à couteaux tirés avec le régime de Laurent Gbagbo, qui a maintes fois exigé son départ. A cet effet, l’envoi de 2000 casques bleus en Côte d’Ivoire a été adopté par le Conseil de sécurité et sa mission au Libéria (Minul) a prêté du renfort avec trois hélicoptères de combat Mi 24 à l’Onuci en cas d’une éventuelle intervention militaire.

Au niveau sous-régional, la Cedeao lui réaffirme ses faveurs avec l’aile dure constituée des Présidents Nigérian et Burkinabé, Goodluck Jonathan et Blaise Compaoré, qui aux premières heures de la crise avaient demandé une intervention militaire pour parer au plus pressé.

Au plan économique, l’Uemoa est avec Alassane Ouattara et lui a même confié lors de sa récente réunion à Bamako la signature sur les comptes de la Côte d’Ivoire à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Mieux, le contrôle des finances publiques même si depuis des mois, il peine à en toucher les dividendes.

Militairement toutes ces grandes puissances et les Forces nouvelles qui se sont ralliées à son
camp demeurent un atout majeur.

Ce tableau tel que dressé est noirci par un équilibre de la terreur émanant des deux camps, qui peut mettre le feu aux poudres à tout moment et continuer à mener la vie dure au peuple ivoirien. Question existentielle : que faire face à cette radicalité des deux camps pour sortir définitivement la Côte d’Ivoire de l’impasse dans laquelle elle s’est engouffrée?

C’est clair la décision de l’Ua que demande à Alassane Ouattara d’offrir une sortie honorable à Laurent Gbagbo et de faire un gouvernement d’ouverture, est trop «contraignante» pour le camp Gbagbo qui la juge «inacceptable» et ne compte pas du tout se laisser faire.

Alors qu’elle peut être la suite de ce feuilleton cauchemardesque post-électoral, qui semble être sans fin et qui trouble le sommeil de toute une nation, qui observe, impuissante comme prise en otage par les politiques. D’autant plus que ses intérêts s’éclipsent devant ceux très particuliers de la Communauté internationale, qui est pourtant très divisée sur la question. Aujourd’hui et demain n’ont jamais été aussi indécis et angoissant pour les Ivoiriens.


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