Choisir Type | Posté le 08-02-2011
 
L'avocat de Charles Taylor a quitté mardi le procès de l'ancien président du Liberia devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, juste avant les plaidoiries, en qualifiant la procédure de "mascarade". Charles Taylor est le premier ancien dirigeant africain jugé pour crimes de guerre. Il est poursuivi pour meurtre, viol, mutilation, esclavage sexuel et enrôlement d'enfants soldats durant ... Lisez la suite
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L'avocat de Charles Taylor a quitté mardi le procès de l'ancien président du Liberia devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, juste avant les plaidoiries, en qualifiant la procédure de "mascarade".
Charles Taylor est le premier ancien dirigeant africain jugé pour crimes de guerre. Il est poursuivi pour meurtre, viol, mutilation, esclavage sexuel et enrôlement d'enfants soldats durant la guerre en Sierra Leone dans les années 1990.

L'ancien président libérien dément ces accusations.

Son avocat, Courtenay Griffiths, a claqué la porte après le refus des juges, la veille, d'enregistrer la plaidoirie écrite présentée par la défense au motif qu'elle a été soumise après la date-butoir fixée au 14 janvier.

"Notre présence dans ce tribunal est incompatible avec la représentation des intérêts de l'accusé", a déclaré l'avocat.

"C'est une mascarade totale étant donné que les juges ne disposeront pas des informations essentielles contenues dans la version écrite de notre plaidoirie", a-t-il ensuite dit à la presse.

La présidente du tribunal, Teresa Doherty, a prévenu Courtenay Griffiths qu'il risquait d'être poursuivi pour outrage, délit passible d'une amende ou d'une peine de prison.

Après plus de trois ans de témoignages souvent terrifiants, ce départ théâtral rappelle les débuts mouvementés du procès en juin 2007, lorsque Charles Taylor avait dans un premier temps refusé de venir
devant la cour.

Les procureurs devaient commencer mardi à présenter leurs réquisitions.

DIAMANTS

Cette initiative spectaculaire de la défense ne devrait pas pour autant ralentir les travaux du tribunal.

Les juges ont autorisé les procureurs à présenter des éléments prouvant selon eux que l'ancien président libérien dirigeait une campagne de terreur contre les populations civiles en Sierra Leone menée par les rebelles sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (Ruf).

Selon l'accusation, cette campagne visait à permettre à Charles Taylor d'accaparer les richesses en diamants de la Sierra Leone.
Après le départ de son avocat, l'ancien président libérien est resté dans son box, les gardes lui ayant annoncé que les juges exigeaient sa présence, mais il n'est pas réapparu après la pause matinale. Nommée d'office pour le représenter, Claire Carlton-Hanciels a déclaré aux juges que son client était choqué et avait besoin de repos.

Courtenay Griffiths a émis des doutes sur l'impartialité du tribunal spécial mis en place sous l'égide des Nations unies. Il s'appuie pour cela sur des télégrammes diplomatiques américains révélés récemment par le site internet WikiLeaks.

Dans l'un de ces documents, l'ambassadrice des Etats-Unis au Liberia, Linda Thomas-Greenfield, écrit le 10 mars 2009 que si Charles Taylor est acquitté ou condamné à une peine légère, son retour au Liberia pourrait
menacer la paix précaire dans ce pays.

BOYCOTTAGE

Le tribunal a accepté de tenir compte de deux de ces télégrammes tout en refusant d'enquêter à leur sujet. Courtenay Griffiths a réclamé un délai pour pouvoir utiliser ces éléments dans sa plaidoirie écrite.

Le juge Richard Lussick a contesté les initiatives de l'avocat. "Si Taylor pense qu'il peut (...) désobéir aux instructions à sa guise, alors cela signifie que c'est lui qui dirige ce tribunal, pas nous", a dit le juge. "Vous ne dirigez pas ce tribunal, vous savez."

Courtenay Griffiths a annoncé qu'il ferait appel du refus prononcé lundi par les juges. Il a menacé de boycotter les travaux du tribunal jusqu'à la décision de la chambre d'appel et il a réclamé un report de sa plaidoirie orale.

Le verdict du procès de Charles Taylor devrait être rendu dans le courant de l'année 2011.

"La crédibilité de la décision finale sera gravement écornée si ces juges refusent d'écouter les arguments de la défense", a prévenu Courtenay Griffiths.

Agé de 63 ans, Charles Taylor avait lancé en 1989 une rébellion contre Samuel Doe, alors président du Liberia. La guerre civile s'est achevée en 1996, après 250.000 morts. Il est devenu président du pays au terme d'une campagne marquée par un slogan macabre: "Tu as tué ma maman, tu as tué mon papa. Je voterai pour toi."

Confronté à une opposition interne croissante et à des
pressions américaines, Charles Taylor a démissionné en 2003 et s'est exilé au Nigeria.

Cette même année, il a été inculpé par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone. S'il est condamné à une peine de prison, il la purgera en Grande-Bretagne.

Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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